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Nos sociétés occidentales sont un amphithéâtre dans lequel nos comportements, nos interactions et nos actions sont observés et analysés.

L’environnement étant évolutif, les citoyens ainsi que les règles qui les encadrent doivent s’adapter.

Par exemple, une pandémie est une période exceptionnelle dans le sens où son caractère est insolite et sa spécificité rare. A cette occasion de nouvelles règles sont décidées.

Cette période de crise sanitaire nous interroge sur les capacités de notre système immunitaire à réagir, à s’adapter, à trouver la bonne stratégie de défense ou pas.

Le système immunitaire est une tour de contrôle, autorisant ou non l’accès à des corps étrangers. Son réglage est fin et subtil.

Mais lorsque sa réponse est disproportionnée, les réactions ne sont plus adaptées.

Quelles formes peuvent prendre des réponses immunitaires erronées ? Quelles en sont les conséquences ?

Afin de nous prémunir au mieux et avant de tenter, dans un article ultérieur, de comprendre les différences de performances entre 2 systèmes immunitaires chez des personnes saines et en bonne santé, nous nous intéressons aux dysfonctionnements immunitaires existants.

Ainsi, les défaillances du système immunitaire peuvent être classées en 2 grandes familles. Il peut s’agir d’une réponse immunitaire excessive, soit à l’inverse d’une réponse insuffisante.

Dysfonctionnements Immunitaires par excès

Allergies

Poussières, pollens et graminés, poils d’animaux, acariens ou polluants atmosphériques nous incommodent par les voies aériennes et respiratoires.

Cependant, les allergies peuvent être provoquées par une ingestion de la voie alimentaire. Ils sont nombreux, mais les plus courants sont les médicaments, le lait de vache, les œufs de poules ou encore les arachides.

Les insectes de la famille des hyménoptères, abeilles, guêpes, frelons peuvent provoquer des réactions allergiques sévères.

Enfin, il peut également s’agir d’allergènes de contact, comme le cuir, les cosmétiques, le parfum, le latex et certains métaux comme le nickel ou le chrome.

Les allergènes sont présents en grand nombre mais ne présentent pas un danger pour l’organisme. 

Pourtant, le système immunitaire réagit de manière excessive et provoque une réaction inflammatoire inappropriée. Il s’agit donc d’un réglage trop sensible de notre système immunitaire.

En effet, ce dérèglement immunitaire engendre diverses réponses : rougeurs cutanées, éternuements, asthmes allant jusqu’à l’anaphylaxie qui peut s’avérer mortelle.

Ainsi, les allergies sont une hypersensibilité réactive de notre immunité. Pour qu’elles se produisent, il est nécessaire que l’individu soit génétiquement prédisposé et bien évidemment qu’il soit en présence de l’allergène.

Enfin, les mécanismes mis en cause dans la réaction allergique sont les anticorps, les lymphocytes T mais surtout l’immunoglobuline de type E.

Classification des allergènes

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30% de la population mondiale est allergique à quelque chose

Maladies Auto-Immunes

Les maladies auto-immunes sont la conséquence d’une réponse immunitaire vis-à-vis des cellules du soi, autrement dit une rupture de la tolérance au soi.

L’organisme interprète la présence de cellules saines comme étant étrangères et pathogènes. Son diagnostic est erroné et il déclenche une réaction inflammatoire non fondée.

Cette réaction peut être spécifique à un organe comme par exemple :

    Le pancréas engendrant un diabète insulino-dépendant

       La thyroïde impliquant la maladie de Basedow

    Les intestins avec la maladie cœliaque ou encore la maladie de Crohn

    Les neurones et le système nerveux périphérique tel la destruction de la gaine de myéline dont la sclérose en plaques en est le responsable

    Elles peuvent être aussi non spécifiques à un organe et s’appellent maladies auto-immunes systémiques :
    • Les connectivites qui sont une atteinte inflammatoire et chronique du tissu conjonctif comme le lupus érythémateux ou la polyarthrite rhumatoïde par exemple.

    • Les vascularites primitives sont des inflammations des vaisseaux sanguins et/ou artères comme la maladie de Kawasaki ou celle de Behcet.
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    80

    Maladies auto-immunes référencées

    %

    Population mondiale concernée

    • Sujet féminin concerné 80% 80%

    Choc ou orage cytokinique

    Le choc cytokinique est un emballement du système immunitaire, une surchauffe.

    Les cytokines sont des messagers qui interviennent dans la réponse immunitaire grâce à l’action des lymphocytes.

    Leurs actions sont essentielles comme nous l’avons détaillé dans l’article intitulé Système immunitaire : Comprendre pour mieux défendre

    Mais dans certaines situations, la production de cytokines devient inappropriée, excessive et disproportionnée. Cette tempête cytokinique peut considérablement endommager des tissus et des organes, pouvant devenir mortelle.

    Ce procédé a été envisagé pour des infections comme le SRAS et le MERS, mais également dans la sclérose en plaque ou la pancréatite.

    Dysfonctionnements Immunitaires par défaut

    Il arrive également que le système immunitaire dysfonctionne en sous-évaluant la dangerosité d’une attaque.

    Cette réponse insuffisante peut être soit primaire, c’est-à-dire congénitale et survenir plus ou moins tard au cours de la vie.

    Déficits immunitaires primaires (congénitaux)

    Les déficits immunitaires primaires sont souvent d’ordre génétiques. Ils sont dus à un problème dans la formation du système immunitaire au niveau des gènes. On compte plus 350 maladies génétiques de ce type répertoriées par Union International des Sociétés d’Immunologie et 1 500 000 de personnes seraient affectées en Europe, soit environ 1/5000 naissances. 

    Selon Lindegren et Al dans un article cité en 2004, intitulé Applying public health strategies to primary immunodeficiency diseases: a potential approach to genetic disorders, certaines maladies qui en découlent sont liées au chromosome X et par conséquent 70% des personnes concernés sont de sexe masculin.

    %

    Sujets masculins concernés par les DIP

    Dans certaines régions du globe, leur nombre est plus important.

    De multiples causes sont suggérées et notamment la consanguinité.

    Du fait d’une carence voire d’une absence en anticorps, en lymphocytes ou encore en macrophages, les déficits immunitaires primaires peuvent affecter tous les compartiments de l’immunité.

    Afin d’être tout à fait complet, l’Union International des Sociétés d’Immunologie remet à jour fréquemment la classification phénotypique des déficits immunitaires primaires en entrant les nouvelles conditions. En 2019, la classification comporte 10 groupes.Cependant, afin de simplifier, nous allons répertorier 5 grandes catégories. dans 2 familles :

    Déficit immunitaire inné

    Phagocytose
    Il s’agit d’un déficit en polynucléaire et en macrophages. Les phagocytes sont des cellules qui ingèrent et détruisent les agents infectieux.

    %

    des Déficits Immunitaires Primaires

    Il existe des maladies génétiques graves où les neutrophiles présentent des déficits de migration ou bien sont non fonctionnels (granulomatose chronique septique par exemple) et où les patients mouraient dans l’enfance avant l’ère des antibiotiques.

    Véronique Witko-Sarsat

    Directeur de recherche, INSERM

    Système du Complément

    Le système du complément a été découvert par Paul Ehrlich colauréat du prix Nobel de physiologie en 1908.

     

    Il se caractérise comme un composant plasmatique thermolabile, composé d’une cinquantaine de protéines et qui “complètent” les anticorps afin de faire barrage aux pathogènes.

    Il s’agit d’un problème lors de l’élimination des agents infectieux en raison d’un déficit de certaines protéines ou d’une carence en certains compléments.

    %

    des Déficits Immunitaires Primaires

     

    Cependant, le complément est multifactoriel et ne se limite pas au système immunitaire.

    En effet, Garred P, Tenner AJ, Mollnes TE énoncent dans Therapeutic Targeting of the Complement System: From Rare Diseases to Pandemics. en 2021 les différentes fonctions des compléments.

    Déficit immunitaire adaptatif

    Humoral

    Il est le résultat d’une baisse de l’immunoglobulines et des anticorps.

    La fonction de production des anticorps et d’immunoglobulines est altérée. Elle est liée à la défaillance ou au déficit des lymphocytes B, tel que la maladie de Bruton pouvant amener à de l’arthrite, à des inflammations des méninges et de l’encéphale, à des crises d’épilepsie.

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    des Déficits Immunitaires Primaires

    Cellulaire

    Déficit en lymphocytes T et en cellules tueuses ou Natural Killer.

     

    %

    des Déficits Immunitaires Primaires

     

    Le syndrome de DiGeorge en est un exemple connu qui se caractérise par l’absence ou le développement insuffisant du thymus à la naissance. En conséquence, le nombre de lymphocytes T est insuffisant pour combattre les infections.

    Le taux de calcium dans le sang, dû à une atrophie des glandes parathyroïdes, est insuffisant. Le pronostic vital sera surtout fonction de l’anomalie cardiaque dont les sujets atteints du syndrôme de DiGeorge sont atteints.

    Déficits immunitaires combinés et combinés sévères

    Associant un déficit des lymphocytes T et B et dans certains cas la fonction lymphocytaire Natural Killer, le déficit immunitaire combiné représente 20% des déficits immunitaires primaires.

    Ils sont considérés comme les atteintes immunitaires les plus graves.

    Les infections liées à ces déficits sont les méningites, les pneumonies ou des infections du sang par exemple.

    %

    des Déficits Immunitaires Primaires

    En l’absence d’un système immunitaire performant, les bébés et jeunes enfants atteints d’un déficit immunitaire combiné sévère n’ont pas accès aux vaccins à virus vivants.

    Par conséquent, ils développent des formes très graves pour des maladies et virus qui se traitent aujourd’hui convenablement chez une population en bonne santé : varicelle, rubéole, herpès, candidose, poliomyélite, etc.

    Heureusement, dans de nombreux cas, la greffe de moelle osseuse offre des résultats probants et pérennes. Elle représente un taux de réussite de l’ordre de 96% si elle est effectuée dans les 3 premiers mois après la naissance.

    La vidéo suivante relate des bébés-bulle, espace stérile pour assurer la survie des bébés sans protection immunitaire.

    A l’avenir, la thérapie génique est également une voie de traitement prometteuse pour restaurer un dysfonctionnement immunitaire.

    Elle consiste en l’insertion d’un gène dans les cellules d’une personne dont une fonction est défaillante afin de corriger une anomalie génétique responsable d’une maladie.

    Déficits immunitaires secondaires

    Il s’agit d’un déficit immunitaire dû à des facteurs externes, c’est-à-dire qui ne sont pas acquises à la naissance, génétiquement, et qui se déclare en conséquence à l’exposition de toxiques extérieurs. Ils sont plus nombreux que les déficits immunitaires primaires.

    Plusieurs facteurs peuvent déclencher une dysfonctionnement immunitaire.

    Maladie prolongée

    Certaines maladies déstabilisent notre immunité, comme par exemple :

     

    Le diabète de type 1 entraine un dysfonctionnement des globules blancs

    Le VIH provoque un syndrôme d’immunodéficience acquise

    Certains cancers comme les lymphomes ou la leucémie empêchent la moelle osseuse de produire des globules blancs sains

    Prise de médicaments

    La prise de certains médicaments peut engendrer une baisse du système immunitaire.

    Immunosuppresseurs

    Afin d’éviter le rejet d’une greffe par les réactions du système immunitaire, les immunosuppresseurs sont prescrits pour inhiber le système immunitaire.

    Médicaments anti-cancer

    Il en est de même pour certains médicaments anticancéreux avec les traitements de la chimiothérapie.

    Glucocorticoïdes

    La prise de glucocorticoïdes au-delà de 15 jours diminuerait les fonctions immunitaires et notamment les lymphocytes T en raison de son action immunodépressive. Son action anti-inflammatoire inhiberait la migration des leucocytes et diminuerait la sécrétion de certaines cytokines.

    Inhibiteurs

    Sans rentrer dans les détails, après un transplant, différents types de médicaments impactant la fonction immunitaire peuvent être prescrits (Inhibiteurs de la calcineurine, inhibiteurs du métabolisme des purines, les rapamycines, les immunoglobulines immunosuppressives, etc).

    Chimio, radio et immunothérapie

    Chimiothérapie

    Un des effets secondaires de la chimiothérapie, qui est un traitement chimique pour lutter contre les cellules cancéreuses, est la chute des globules blancs. Ceci impacte l’action de nos défenses immunitaires qui peut se révéler critique en cas d’infections.

    Une étude sur le cancer du sein en 2016 réalisée par Verma, R., Foster, RE, Horgan, K. et al. intitulé Lymphocyte depletion and repopulation after chemotherapy for primary breast cancer  a montré que 9 mois était nécessaire après la chimiothérapie pour retrouver le niveau d’anticorps (lymphocytes) d’avant le traitement.

    Radiothérapie

    Près d’un patient sur 2 est aujourd’hui traité par radiothérapie dans la lutte contre le cancer.

    La radiothérapie connaît d’excellents résultats sur les cellules tumorales d’une part, mais également sur la réponse du système immunitaire suite à l’irradiation des cellules malades.

    Cependant, une méta-analyse datant de 2021 de Wang Q, Li S, Qiao S, Zheng Z, Duan X, Zhu X. intitulé Changes in T Lymphocyte Subsets in Different Tumors Before and After Radiotherapy tend à montrer une modification immunologique évidente chez certains patients ayant été traités par radiothérapie pour certaines tumeurs.

    Une autre étude de 2020 de Lv Y, Song M, Tian X, Yv X, Liang N, Zhang J. intitulé Impact of radiotherapy on circulating lymphocyte subsets in patients with esophageal cancer. démontre que des changements sont observés sur les sous-ensembles des lymphocytes circulants impactants également le système immunitaire.

    Immunothérapie

    L’immunothérapie est un traitement innovant et prometteur pour lutter contre le cancer. Elle présente des avantages considérables par rapport aux thérapies plus anciennes. Elle manipule le système immunitaire afin qu’il puisse identifier les cellules cancéreuses.

    Cependant, avec l’arrivée de nouveaux médicaments, protocoles et traitements, les risques de toxicité augmentent.

    En effet, une étude de 2016 réalisé par une équipe de chercheurs du Centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy (Michot JM, Bigenwald C, Champiat S, Collins M, Carbonnel F, Postel-Vinay S, Berdelou A, Varga A, Bahleda R, Hollebecque A, Massard C, Fuerea A, Ribrag V, Gazzah A, Armand JP, Amellal N, Angevin E, Noel N, Boutros C, Mateus C, Robert C, Soria JC, Marabelle A, Lambotte O.) intitulé Immune-related adverse events with immune checkpoint blockade: a comprehensive review met en lumière qu’ “en déséquilibrant le système immunitaire, ces nouvelles immunothérapies génèrent également des toxicités dysimmunitaires, appelées événements indésirables liés au système immunitaire (IRAE) qui impliquent principalement l’intestin, la peau, les glandes endocrines, le foie et les poumons mais peuvent potentiellement affecter n’importe quel tissu.”

    Une autre étude de 2019 réalisée par Sanchez K, Page DB, Urba W. intitulé Immunotherapy Toxicities relate également la toxicité que peuvent produire certains anticorps appelés inhibiteurs de point de contrôle immunitaire sur un ensemble d’organes et de tissus.

    Dénutrition

    La dénutrition se définit comme “l’état de l’organisme d’un déséquilibre nutritionnel” et une perte de tissu involontaire. Elle résulte du déséquilibre entre les besoins énergétiques de l’organisme et les apports caloriques ingérés et particulièrement les apports en protéines.

    La Haute Autorité de Santé a défini le diagnostic de la dénutrition si 1 critère dans chacune des 2 catégories suivantes :

    Critère phénotypique 

    (1 critère suffit)

    Critère étiologique

    (1 critère suffit)

    Perte de poids > à 10%

    ou 5% en 1 mois

    Réduction de la prise alimentaire
    IMC < à 18,5

    ou < à 21 si + de 70 ans

    Malabsorption
    Amyotrophie = diminution de la masse ou de la fonction musculaire Agression (aiguë ou chronique)

     

    La dénutrition a un impact direct sur les défenses naturelles de l’organisme et sur un dysfonctionnement immunitaire sous-jacent :

    • Translocation bactérienne : la perméabilité intestinale accrue due à la dénutrition augmente le risque d’infections par les bactéries qui forment le microbiote.
    • L’agression bactérienne et l’inflammation engendrent une augmentation de la dépense énergétique
    • La dénutrition implique une baisse de l’immunité cellulaire, ce qui augmente le risque d’infections.
    En effet, de nombreuses études ont déjà démontré la dénutrition comme un cercle vicieux sur le système immunitaire.
    Cercle vicieux de la dénutrition
    Spirale de la dénutrition

    Consommations de toxiques et hygiène de vie

    Enfin, de nombreux autres facteurs peuvent engendrer à terme un dysfonctionnement immunitaire, à savoir :

    Les dysfonctionnements immunitaires sont complexes.

    Retenons qu’une grande partie d’entre eux n’apparaissent pas forcément dès la naissance mais peuvent se manifester à l’âge adulte au-delà de 20 ans.

    De plus, les défaillances immunitaires ont tendance à s’accroître, tant en nombre de personnes concernées qu’en nombre de maladies et dysfonctionnements répertoriés.

    Ainsi, les causes en sont multifactorielles, mais l’environnement dans lequel nous évoluons n’est pas étranger : pollution atmosphérique, perturbateurs endocriniens, consommations toxiques, stress exacerbé, sédentarité, etc sont autant de facteurs qui impactent sur notre système immunitaire.

    Après s’être intéressé aux principaux mécanismes qui influent sur les dysfonctionnements immunitaires, nous allons étudier les raisons pour lesquelles les réponses immunitaires divergent entre 2 personnes comparables d’un point de vu de la santé.

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